Le dernier bastion de l'opérateur historique l'abonnement vient de tomber. A compter de début juin, le client pourra résilier son abonnement France Télécom tout en conservant son numéro. C'est Neuf Telecom (ex-LDCom), filiale du groupe Louis-Dreyfus, qui ose pour la première fois proposer à ses clients de couper le cordon qui le rattache encore à l'opérateur historique pour sa ligne fixe. Suivi de Free, qui a dévoilé hier la même petite révolution, quelques heures après Neuf. C'est dire l'enjeu d'une compétition pour un abonnement qui rapporte à France Télécom plus de 5 milliards d'euros par an.
Zones denses. L'offre ne cible dans les deux cas que les particuliers intéressés par un accès Internet à haut débit, et elle n'est accessible que dans les zones denses (150 villes fin 2004 chez Neuf, une centaine chez Free), là où les opérateurs ont déployé leurs matériels dans les centraux France Télécom. C'est ce qu'on appelle le dégroupage (lire ci-dessous).
Alors que jusqu'à présent les opérateurs ne s'étaient pas aventurés à débrancher la ligne de l'abonné pour la raccorder à leur réseau, voilà qu'ils choisissent la chirurgie radicale. Il y a huit mois encore, le même Neuf disait l'opération trop risquée pour l'abonné. Le même se dit aujourd'hui confiant. Ses salariés lui ont servi de cobayes, et la manoeuvre opérée par les agents de FT dans ses centraux serait rodée. Chez Free, on est moins confiant : «Un de nos gros soucis, c'est d'améliorer encore les modalités techniques du processus. On ne peut plus tolérer des erreurs de câblage comme il s'en produit encore chez France Télécom», explique Michaël Boukobza, directeur général.
Net progrès, en revanche, pour la qualité de la communication. Cette performance n'était pas acquise il y a quelques mois encore. La voix qui passera sur la nouvelle ligne sera en effet convertie en langage Internet (on appelle cela la voix sur IP). «Cela fait quinze ans que l'on parle de la voix sur IP», soutient Pierre Barnabé, vice-président France pour la branche opérateurs fixes chez Alcatel, «mais c'est seulement aujourd'hui que les deux conditions sont réunies : une qualité de voix maîtrisée et un succès du haut débit phénoménal.» Selon le cabinet d'analystes Probe, le nombre de lignes «tout IP» sur le marché grand public en Europe devrait être multipliée par vingt d'ici à 2008.
Tarifs en baisse. La résiliation de l'abonnement représentera toutefois au début un petit marché : 200 000 abonnés haut débit des zones denses chez Neuf et quelque 300 000 chez Free. Mais elle pourrait accélérer encore la conversion de la France au haut débit. L'Hexagone proposait déjà le haut débit le moins cher d'Europe. Les offres de Free et Neuf réduisent encore la facture de l'abonnement téléphonique, soit 13 euros. Pour 31,90 euros par mois (dont 2 euros de location de modem), l'internaute aura droit chez Neuf à un débit de 2 mbps, plus 5 heures gratuites pour ses appels locaux et nationaux. L'offre de Free est plus percutante : 29,90 euros tout compris pour le même débit de 2 mbps, des communications illimitées vers les lignes fixes en France et une centaine de chaînes télé. Ces offres tombent bien mal pour l'opérateur historique. Juste au moment où il redouble d'efforts pour obtenir de son ministre de tutelle le droit de remonter pour la énième fois le tarif de l'abonnement...