« Qui est-ce ? »
Ce n'est pas une question, c'est un ordre.
« Lieutenant Lakon, en mission pour le Haut Commandement. J'ai un message pour vous, Commandeur »
J'essaye de ne pas laisser l'émotion transparaître dans ma voix. Après tous, même s'il s'agit d'un des plus hauts gradés de la garde impériale, il ne pouvait pas être pire que le colonel Spike.
« Qu'est-ce qu'ils me veulent encore ? Eh bien, vous n'allez pas prendre racine devant ma porte, tout de même ? »
Je pousse la porte. Une large pièce, dénuée de tout ornement, se présente à moi. Au milieu de celle-ci, un bureau, sobre, et en face de ce bureau, un homme, assez âgé, ridé, semble recroquevillé sur son siège. Il ne porte aucun vêtement militaire, aucun signe témoignant de son importance.
« Vous comptez me dévisager longtemps comme ça ? » Le ton cassant me fait reprendre mes esprits. Aussitôt, je me raidis, et me mets au garde à vous avec un claquement sec des talons, la main droite collée à la poitrine. Un salut digne des plus grandes parades militaires.
« Voyez vous ça ? Un vrai petit soldat ! Rompez, vous m'écoeurez ! Donnez moi ce foutu message ! »
Je me suis trompé, il est pire que Spike.
Je m'avance et lui tend la lettre. Puis, je recule. Il me l'arrache des mains, avant de faire négligemment sauter le sceau à l'aide d'une petite dague recourbée. Il parcourt rapidement la missive avant de la déchirer aussi négligemment. Je réprime un mouvement. Soudain, il s'aperçoit que je suis toujours là.
« Et alors ? Qu'attendez vous ? »
« Euh? la réponse, Commandeur. Ils m'ont dit de ne? »
« Je me contrebalance impérialement de ce qu'ils vous ont dit. Vous avez deux secondes pour déguerpir ! »
« Mais' » J'hésite. Je ne peux pourtant pas repartir les mains vides !
« Sinon, vous pouvez toujours faire connaissance avec Isha, si le c'ur vous en dit » Un demi sourire sadique se dessine sur son visage creusé par le temps. Il caresse amoureusement sa dague, et c'est alors que j'aperçois les nombreuses petites irrégularités la lame. Un instrument de torture? J'hésite encore, mais pour d'autres raisons. Dois-je partir en respectant le protocole, ou dois-je m'enfuir en courant ? Finalement, j'opte rapidement pour un compromis entre les deux. Ma démarche doit être comique, car il part dans un rire sinistre, qui me fait frissonner. Faut le faire interner, il est pas bien, ce type?
« Lieutenant, attendez ! »
Maintenant qu'il m'a fermement convaincu de partir, il voudrait que je reste ? N'importe qui aurait pris ses jambes à son coup. Malheureusement, je ne peux pas me permettre d'être n'importe qui. J'ai aucune envie de finir devant un peloton d'exécution' Je me retourne lentement, me concentrant pour que mes nerfs me lâche pas au mauvais moment.
« Finalement, vous allez m'être utile ! » Je m'attends au pire. « Apparemment, vous connaissez bien le terrain. Et bien, vous allez me servir de guide pour une petite visite »
Tout mais pas ça. Tout mon être hurle pour refuser.
« Mais, je suis rattaché au Haut Commandement pour? »
« Le Haut Commandement se passera bien de vos services. Vous croyez réellement qu'un misérable lieutenant soit important à leurs yeux ? Que votre absence leur manquera ? Que nenni, ils se fichent pas mal de remplacer un tel empoté par un autre ! Voyez là plutôt une chance de pouvoir montrer votre dévouement en me servant au mieux. Mais si vous insistez, je crois qu'ils manquent de sous-officiers dans les légions pénales, ces derniers temps. »
J'aurai du choisir le peloton quand j'avais encore le choix.
« Bon, je vois qu'on est sur la même longueur d'onde. Partez, à présent. Soyez à ma disposition avec dix de vos hommes dans trois heures »
Je ferme la porte. Le garde en faction se retient difficilement de rire, les minces parois ne stoppant guère les conversations' Je m'arrête, le temps de réfléchir à un châtiment sévère pour outrage à un supérieur. Comprenant le danger, il se reprend immédiatement.
La voix du commandeur nous parvient du bureau.
« Tant que vous y êtes, dîtes à Loris de préparer son paquetage, il part avec nous. »
Le visage du soldat devient gris cendre, mais je suis encore sous le choc, et ne peux pas pleinement profiter de la détresse de ce futur compagnon d'infortune?
(à suivre)